Throughout the early Islamic period, people from various Shurāt subgroups identified themselves in their poetry and to others as ‘the exchangers’ (al-shurāt), an appellation derived, along with related words, from Qur’an 2:207. The faces of different categories of exchangers-the ideal, the elegized, the summoned and the leader —depict various facets of the concept of exchange. The singular form, ‘exchanger’ (shārin), was claimed as an identity by people from across the spectrum of Shurāt groups, activist and quietist, from the earliest moments of the Shurāt experience until the late Umayyad period. Its basic meaning is two-fold: making a choice and taking decisive action. Whether activist or quietist, each person who called himself an exchanger (shārin) was distinguishing himself from the governing authority. It was his interpretation of exchange that determined how he expressed his opposition. The poems containing this term give us insight into the variety of meanings that exchange could signify. In addition to being used to define ideas about governing authority and leadership, it has often been associated with fighting the adversary in battle. The poems show that it can also mean to retreat, to be executed in captivity and even to admit defeat. The exchanger (shārin) is presented in the context of his life beyond the battlefield and beyond mere rhetoric. Thus, the poetry sheds valuable light on various social relations within Shurāt communities.
La ḥalqa des ʿazzâba, fondée au début Vᵉ/XIᵉ siècle, était initialement une école d’ascèse et de transmission du savoir religieux. Elle évolua pour devenir, à partir du VIᵉ/XIIᵉ siècle, un organe associé à l’élaboration des lois régissant la vie dans la cité ibâdite nord-africaine. La création de cette institution religieuse constitue une evolution majeure de la pensée politique et théologique ibâḍite. Sur le plan politique, la ḥalqa entérine définitivement l’abandon de la notion d Etat par les ibâḍites, qui renoncent du coup à la diffusion de leur doctrine par la force. Aussi fait-elle apparaître au sein des populations berbères ibâḍites des communautés religieuses instituant par leur mode de vie une nette distinction entre la société civile et religieuse. Concernant le M′Zab, l’étude des délibérations élaborées par la ḥalqa et la djemaa, la nature des relations entre les deux institutions montrent que le pouvoir religieux ne domine pas et ne subordonne pas les textes de ces délibérations aux lois religieuses. Tout au contraire, c’est le droit “coutumier” berbère qui se voit consacré dans ces textes juridiques et se constitue comme principe organisateur de la cité mozabite. L’hypothèse d’un système théocratique, avancée par les auteurs de l’époque coloniale et reprise par de nombreux autres auteurs contemporains, s’inscrit donc dans une représentation de ce terrain biaisée par l’anticléricalisme dont l’influence s’est fait sentir en France au XIXᵉ siècle. L’apparition du mouvement des réformateurs au début XXᵉ siècle a profondément marqué l’histoire de cette institution et celle de l’ibâdisme contemporain; elle a fait naître des ḥalqas qui se veulent en rupture avec l’ordre traditionnel. Les ʿazzâba réformateurs ont ainsi investi en force le champ politique, remettant en cause le principe de la distinction entre les activités religieuses et non religieuses.
